PARTIE 2 [MUSIQUE] I Will Find You.mp3 La nuit poursuivit sa course et les étoiles pâlirent dans le ciel. L’aube se leva. La femme elfe tressaillit sous l’aurore blafarde de ce jour d’automne. De lourds nuages gris suivaient leur chemin, poussés par le vent. Son amant n’avait pas bougé, toujours assis en tailleur, des larmes bleues coulaient doucement, par intermittence, de ses yeux. Elle l’embrassa une fois encore avec une exquise tendresse. Elle caressa tendrement sa longue chevelure blonde : "Bien-Aimé, entendez la prière de celle qui vous aime ! Sur les rivages de ce monde, j’attends votre retour et je me languis de vous. Ayez souvenance de nos amours lumineux ! Là-bas, sur les bords du Lac d’Emeraude, ne vous ai-je point avoué, combien je vous aimais ? Par la grâce des Valar, entendez ma voix, brisez votre Rêve Bleu et marchez jusqu’à moi pour m’étreindre à nouveau. Je suis votre amante à jamais et vous m’avez promis, vous l’Elfe Bleu, que vous m’emmènerez encore et toujours sur nos Chemins d’Eternité ! Honorez votre promesse et revenez à moi !" La prière silencieuse de la femme elfe resta sans effet. Elle perçut seulement, indistinctement, le roulement du ressac sur un Rivage Lointain d’un Autre Monde. Peut-être que son amant, là-bas, contemplait, depuis la grève, la Danse Infinie des Vagues. Elle se laissa tomber à genoux face à l’elfe bond, toujours figé dans sa transe. Elle prit ses mains et les porta jusqu’à ses lèvres. Elle l’appelait de toutes ses forces. Avec le jour levant et la différence de température, une épaisse brume se forma et noya le paysage dans un rêve blanc. Combien de temps resta-t-elle agenouillée, là, face à lui dans l’espoir de le voir s’éveiller à cette réalité ? Peu à peu, avec le temps imperturbable qui s’écoulait, naissait en elle une détermination farouche : elle emprunterait les Chemins Bleus, les Chemins de l’Onde pour aller jusqu’à lui et le ramener. Deux Elfes dans la nuit [IMAGES] 09-monde-bleu.jpg Elle en était sûre, de là où il était, il pouvait la guider dans cet univers qui était le sien. Doucement, elle retira l’Anneau du Gardien du doigt de son amant et le glissa à son majeur. Ensuite, elle se dévêtit pour entrer dans le bassin. [IMAGES] 10-anneau.png - Je viens à vous par les Chemins Bleus que je ne connais pas. Je vous implore, guidez mes pas, soyez ma lumière ! Et elle s’immergea entièrement. Elle resta longtemps invisible sous les flots pendant que la magie de l’Eau opérait. La cascade à nouveau se colora vivement d’une teinte turquoise et l’Anneau, au doigt de la femme elfe, devint étincelant. L’eau du bassin était redevenue immobile et rien ne pouvait laisser deviner ce qu’il recelait en son sein. [IMAGES] 11-cascade.jpg Soudain, quelque chose creva brutalement la surface. C’était une femme nue, une elfe, d’une beauté irréelle. C’était bien plus que de la beauté. C’était quelque chose qui n'a pas de nom en ce monde. Elle irradiait la lumière et ses yeux, d’un vert émeraude profond, comme celui des fauves, contrastait avec la lueur bleue qui la nimbait de toutes parts. Elle pencha la tête vers l’arrière et un rire vertigineux s’éleva vers la cascade. Elle avait rejoint son amant par-delà les mondes, elle avait emprunté les Chemins Bleus jusqu’aux rivages lointains où son amour songeait sous les embruns portés par le vent. Elle sortit lentement de l’eau et marcha jusqu’à l’Elfe Bleu. Elle s’agenouilla à nouveau face à lui et ferma aussi les yeux. Les mêmes larmes bleues coulaient de ses yeux. Mais il n’y avait nulle tristesse en elle, seulement une joie infinie. Elle marchait à son tour sur ce rivage lointain et elle distinguait une silhouette qu’elle connaissait si bien. Alors, elle s'avança jusqu’à lui. [IMAGES] 12-apruive-rivage.jpg Il était assis face à l’océan infini et les vagues venaient mourir à ses pieds. Il ne bougeait pas comme incapable de détacher son regard de l’horizon où un soleil d’or, dans un merveilleux crépuscule de feu, faisait l’amour avec la mer. [IMAGES] 13-finael-rivage.jpg Son regard ne cillait pas, son souffle allait et venait régulier dans sa poitrine. Il ne vit pas et n’entendit pas celle qu’il aimait. Alors la femme elfe s’avança dans les vagues et plongea. A nouveau, elle s’immergea et nagea lentement vers lui. Quand ses pieds touchèrent le sable, elle se mit debout et s’interposa entre l’horizon de feu et lui. [IMAGES] 14-apruive-horizon.jpg - Bien-Aimé, je suis venu jusqu’à vous par les Chemins Bleus. Vous m’avez guidée jusqu’ici. Elle retira l’Anneau du Gardien et le remit au doigt de son amant. - Dans cet horizon lointain, vous contemplez l’amour mais moi, je me tiens devant vous. Je suis l’amour qui habite votre âme et je vous supplie de poser votre regard sur moi ! Les genoux dans le sable, les cuisses baignées par les vagues, tenant les mains de son amant, elle plongea son regard vert dans le sien. Alors, tout doucement, pour l’elfe immobile, le merveilleux visage de la femme elfe se substitua peu à peu à l’horizon flamboyant. [IMAGES] 15-apruive-visage.jpg Un sourire naquit sur son visage et il parla enfin : - Je savais que vous trouveriez les Chemins Bleus, je savais que vous me retrouveriez où que je sois, je n’ai jamais douté de votre amour.