Le texte est divisé en 3 parties : 1) Finaël emmène Apruivë dans l'Autre Monde 2) Apruivë retourne chercher Finaël qui est épuisé et qui n'a pas pu franchir les ultimes portes de ce monde 3) Les elfes sont de retour dans cette réalité et entreprennent péniblement le voyage pour rejoindre le convoi. Une musique est disponible pour chaque partie. ---------------------------------------- PARTIE 1 Les deux elfes venaient de prendre congé d’Eodrec. Ils avaient voulu passer un moment, près du feu, aux côtés de leur ami. A présent, ils s’enfonçaient dans la nuit, sous la clarté des étoiles. Apruivë enserrait, d’un bras, la taille de Finaël. C’était là, la marque d’une tendre affection. Mais ce soir-là, c’était aussi une nécessité car la femme elfe peinait à marcher. Ils allaient ainsi lentement sous le firmament. Finaël s’arrêta un moment et embrassa tendrement le front de sa compagne. - Bien-Aimée, voulez-vous que nous nous abritions dans l’auberge ? Ils n’avaient pas pris le chemin de l’habitation mais Finaël voulait laisser le choix à Apruivë. - L’auberge ? fit-elle l’air étonné. Voulez-vous donc nous enfermer dans une boîte que les humains appellent « maison » sans que nous puissions voir les étoiles, sans sentir le souffle du vent sur nos visages ? Auriez-vous perdu l’esprit mon tendre compagnon ? - Allons sous les étoiles…ajouta-t-elle dans un souffle qui trahissait son épuisement. A nouveau, l’elfe s’arrêta. Il décida de porter celle qui l’aimait. Elle semblait à bout de forces. Apruivë ne s’y opposa pas, elle n’en avait ni l’envie, ni la force. Il la souleva donc comme si elle n’était qu’une plume. Était-ce la volonté farouche et inflexible de protéger celle qu’il aimait qui faisait qu’elle lui paraissait si légère ? L’elfe marcha longuement dans la nuit avec son léger fardeau. Il lui semblait qu’il portait le trésor le plus fragile et le plus merveilleux de l’univers. Elle avait passé ses bras autour de son cou pour se maintenir et avait nonchalamment appuyé une joue sur la poitrine de son amant. Elle ne semblait plus tout à fait consciente, doucement bercée par le mouvement de la marche, la respiration régulière et les battements du cœur de l’être aimé qui la conduisait sur des chemins nocturnes. Il finit par trouver ce qu’il cherchait. Il s’agissait d’une petite cascade qui alimentait un bassin modeste, d’une dizaine de mètres de circonférence. Une zone herbeuse bordait ce bassin si bien qu’il put déposer délicatement la femme qu’il portait. Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 Cascade Il l’installa confortablement sur le sol, tout près de l’eau et se servit de sa cape pour lui confectionner un oreiller de fortune. Il ne put s’empêcher de l’admirer. Elle était d’une beauté rare. Il se demandait toujours par quelle grâce infinie il pouvait être aimé d’une telle créature. Il oubliait sans doute à quel point sa propre beauté était similaire à celle qu’il admirait. En réalité, d’ailleurs, il s’agissait de bien autre chose que de beauté physique. Il avait fini par s’assoir en tailleur, tout près de la tête d’Apruivë. Il pouvait ainsi caresser son front, son visage, repousser, de temps à autre, une mèche rebelle qu’un souffle nocturne venait déranger. Il se tenait ici, solitaire et las, près de celle, endormie, qu’il aimait plus que sa propre vie. Nulle larme ne coulait de ses yeux, nulle plainte ne s’échappait de sa poitrine. Il n’invectivait pas les dieux, ni le destin. Il chantait. Et son chant avait des accents plus profonds qu’aucune larme, qu’aucune plainte n’en auraient jamais. Les étoiles semblaient silencieuses, comme suspendues dans l’écoute attentive de ce langage mystérieux. Les yeux fermés, tout à son chant, il laissa sa main glisser dans l’onde du bassin qui était tout proche. Aussitôt une lueur bleue colora le liquide qui semblait s’animer au contact de l’elfe. C’était féérique. Le vent s’était levé et les feuilles mortes d’un automne déjà bien avancé dansaient et virevoltaient au gré des rafales. Il était chez lui, il était dans son univers, entre l’Eau et la Terre, un pont, une passerelle entre le monde des Vivants et le monde des Eléments. Elle était avec lui, elle partageait ce mystère et le portait tout autant que lui. Et, au-delà de sa souffrance et de l’ombre qui rôdait aux portes de son esprit, elle était une avec lui, Amants Eternels. Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 Espace L’elfe avait placé la Pierre de Ceven dans la main de sa compagne et la lueur bleutée du bassin se transmettait à elle par son intermédiaire. Elle était auréolée et traversée de toutes parts par cette lumière turquoise. A cet instant, cette femme elfe ressemblait bien plus à un pur esprit évanescent de la nature qu’à un être de chair et de sang. Sa beauté, si tant est que cela fût possible, était encore rehaussée, à un point tel qu’elle aveuglait l’âme. Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 02-apruive-lumiere Là où ils allaient, il n’était pas sûr qu’ils ne puissent jamais en revenir. Il eut une pensée pour ses compagnons, ceux qu’on appelait les Tisseurs. Sans doute auraient-ils voulu être présents, accompagner autant qu’ils le pouvaient cette elfe qui était aussi leur amie. Mais le royaume de la nuit n’appartenait pas aux humains, encore moins d’ailleurs, cet univers qui venait de se dévoiler par la magie des éléments. Seul Arlan aurait peut-être pu conserver les portes ouvertes, un certain temps. A quel prix ? Il ne pouvait les entrainer dans un tel danger alors qu’il savait qu’il n’aurait pas la force de les en protéger. Ils dormaient là-bas, au loin, bercés, il l’espérait, de rêves paisibles dans cette maison qu’Apruivë appelait une « boîte ». Le chemin jusqu’à Tharbad était encore long et périlleux. Ils devaient prendre du repos pour mener à bien la mission dans laquelle ils s’étaient engagés : protéger le convoi et mener Naëria à bon port. Il ramena son esprit ici et maintenant. La lueur bleue avait gagné en intensité, le vent avait redoublé de vigueur et sa longue chevelure dansait dans le vent. Les feuilles volaient tout autour d’eux, les étoiles scintillaient au firmament, inquiètes. Il devait chanter seul, la voix de sa Bien-Aimée ne l’accompagnerait pas jusqu’aux portes de l’autre monde. C’était comme s’il devait à nouveau la porter dans ses bras mais, cette fois-ci, sur les Chemins de l’Ailleurs. Au moment où sa voix s’éleva à nouveau sous la lumière des astres, Apruivë tressaillit comme si une part d’elle-même savait ce qu’il allait advenir. La lumière devint éblouissante et des perles bleues apparurent qui nimbèrent les deux elfes. Finaël saisit la main d’Apruivë et ils s’en allèrent. A l’extérieur, ils restèrent dans une parfaite et étrange immobilité. On aurait pu croire qu’ils rêvaient. Mais, dans une réalité toute autre, le chant de l’elfe avait ouvert une porte sur un abîme. Ils n’étaient que lumière. A nouveau Un, dans une parfaite harmonie, ils s’élancèrent sur un sentier lumineux. Un rire infini les accueillit dans une étreinte à nulle autre semblable. Une voix sans mot se fit entendre : « Vous êtes Dirn’Arda, un serment silencieux chante sur la frange de vos âmes, je l’entends et je l’honore. Mon souffle est vôtre, mon mystère vous appartient à jamais, vous les Amants Eternels. Soyez sans crainte, laissez vos peurs, je suis Un avec vous. » Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 03-regard-arda Puis un éclair sembla fissurer l’espace et le fracas d’un tonnerre assourdissant roula. Au loin, une Noirceur semblait étendre d’infinies tentacules qui s’approchaient d’Apruivë. Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 Presence%202 A cet instant précis, Apruivë révéla à Finaël, sans avoir à recourir aux mots, inutiles dans ce monde, qu’elle avait senti et traqué la présence de la Noirceur au sein même du convoi. L’entité s’étant sentie démasquée, l’avait violemment agressée et plongée dans l’état où elle était avant d’entamer cette marche hors du monde. La femme elfe, sans lâcher la main de son compagnon, se dressa sans peur : « Tu n’as aucun pouvoir sur les Amants Eternels et craint le courroux du Dirn’Arda. A cet instant, je me libère à jamais de ton emprise et te renvoie vers le néant d’où tu viens ! » Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 Parole Un cri haineux se déchaina mais un ouragan de lumière balaya l’Ombre et la Noirceur. Apruivë, nimbée de lumière, se tourna vers celui qu’elle aimait : - Merci de m’avoir menée jusqu’ici, aux périls de nos vies, Bien-Aimé. A présent, je suis libérée de ce mal. Ramenez-moi sur les Chemins de la Vie. - Alors, nous devons suivre le Chemin Bleu, le Chemin de l’Eau. Entendez-vous, bien-Aimée, là-bas, le chant de la cascade ? lui répondit Finaël. - Je n’entends, en cet instant, que le chant de votre cœur et je veux marcher à vos côtés jusqu’à la fin de toutes choses, montrez-moi le chemin. Guidés par le chant de l’eau, ils étaient sur le point d’atteindre enfin les rivages de ce monde. Les feuilles mortes étaient retombées doucement sur le sol pour le long sommeil de l’hiver. La cascade, elle, resplendissait d’une profonde lueur turquoise et mille gouttelettes bleues flottaient dans l’air. Apruivë ouvrit les yeux et aperçut le visage de celui qui l’avait conduite sur ces étranges chemins. Immobile, il avait l’air paisible, ses yeux contemplaient un ailleurs lumineux. Deux larmes bleues coulaient le long de ses joues. C’était l’Elfe Bleu, l’Elfe de l’Eau et son souffle se mêlait au murmure de l’onde. Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 05-regard-bleu Elle leva le bras vers son visage pour, d’un doigt délicat, essuyer les larmes bleues. Mais elles renaissaient sans cesse, comme une source infinie et paisible. Deux Elfes dans la nuit [TEXTE-MUSIQUES-IMAGES] 1 Larme%20bleue%201 Elle se retourna avec une vigueur toute nouvelle, embrassa tendrement les lèvres de l’elfe immobile et se recroquevilla sur elle-même, tout à côté de lui, sur l’herbe. La main de Finaël était toujours dans l’eau et l’anneau brillait faiblement. En dépit du danger, au péril de sa vie, et de la sienne, il l’avait emmenée jusqu’aux limites extrêmes d’une réalité impitoyable. Il l’avait portée et aimée pour qu’elle puisse se libérer de l’emprise maléfique. Jusqu’où avait-il puisé en lui-même pour lui offrir le salut ? Apruivë connaissait la réalité du Dirn’Arda qu’ils partageaient mais le Langage de l’Eau, elle ne l’avait pas encore appris. Elle percevait le murmure lointain de rivages merveilleux où son amour errait mais elle ne pouvait l’y rejoindre. Mais puisqu’elle ne pouvait aller le chercher, elle l’attendrait, une éternité, s’il le fallait. Cette fois, c’est elle qui veillerait sur lui, c’est elle qui protégerait l’Elfe Bleu.